vendredi, décembre 30, 2005

Août 2005, Mémorial du Chemin des Dames



Ce mémorial, sorte de monuments aux morts de la Bataille du Chemin des Dames, est assez angoissant, avec ses crânes de soldats morts représentés comme piégés dans des alvéoles qui sont inspirées des galeries creusées dans le sous-sol, où se dissimulait l'ennemi qui a massacré les français.
Pour dédramatiser le monument, j'ai placé derrière un sujet en tenue de vacances (qui évoque le caractère aujourd'hui touristique du site), mais pour ne pas perdre comlètement le côté inquiétant du lieu, il fait "les gros yeux", comme les morts vivants des films d'épouvante. Affaire d'équilibre...

Reims, Faculté des sciences, mars 2003


Toute perspective doit ouvrir sur quelque chose. Reste à savoir sur quoi.
Ici, sur le campus de la fac des sciences, l'enfilade des armatures de béton, sorte d'arc-boutants modernes, ouvre sur des champs dans le lointain c'est-à-dire sur rien du tout.
L'idée est de mettre un personnage - si possible à l'allure d'étudiant - pour achever la perspective qui du même coup guide le regard vers lui. Mais le regard au ciel du personnage met un peu de mystère dans le cliché : que regarde-t-il ? Un oiseau ? Un avion ? Un ange qui passe ?

Juillet 2003, dans le jardin de ma voisine


Ma voisine étend sa lessive, et elle m'offre du même coup cette image avec : une équipe de foot benjamin au grand complet, plus l'arbitre, plus le contraste des couleurs orange/vert des maillots et du panier à épingles (plus la haie), plus le panier à linge abandonné qui referme la composition par en dessous.. Sans oublier le format panoramique qui pour une fois ne contient pas un paysage.
Je dis merci à ma voisine !

mardi, décembre 27, 2005

Reims, le Rectorat, décembre 2003


Statue lépreuse, qui semble entraîner dans un inéluctable naufrage l’ensemble de l’édifice – pour ne pas dire l’ensemble de l’Institution.

Cette interprétation peut ne pas être évidente pour qui ne connaît pas la vétusté de ces locaux, simplement suggérée ici par la statue et l’enseigne baveuse mentionnant le Rectorat (j’avoue : pour l’enseigne, c’est un tripatouillage hasardeux sous Photoshop qui est la cause de cette ruine). En tout cas, ce qui m’a intéressé dans cette photo c’est la recherche de l’économie des moyens utilisés pour introduire la signification voulue.

Reims, Parc Léo Lagrange, Janvier 2004


On est sur la neige et la glace (en fait il s’agit d’un petit lac dans un Parc public).

Cette photo, il n’y a pas besoin de la faire parler, elle parler toute seule. Elle nous dit la détresse de ce pauvre volatile (une mouette je crois), qui en est réduite à picorer la glace pour se nourrir : la nature est bien cruelle avec ses créatures.

Mais peut-être cette photo dit-elle autre chose que je n’ai pas entendu : allez-y de votre commentaire.

Sens, septembre 2004, appareil photo Sony


Encore une variante de « l’écran transparent », mais cette fois simplement décalé par rapport au fond.

« L’œil était dans le Sony, et regardait V*** » : en réalité c’est un peu plus compliqué. Car le sujet (V***) regarde bien l’objectif ; mais l’œil dans l’image, il regarde quoi ? Sûrement pas le sujet, et pas plus le spectateur de la photo. Et pourtant, il a un regard observateur ; enfin, on le suppose parce que pour finir l’image de l’écran est floue…

En plus on échappe au thème de la mise en abyme : ce n’est pas une image qui, reproduisant le décor dans le quel elle est insérée, se reproduit elle même et cela à l’infini, effaçant ainsi la distinction entre l’image et la réalité. De toute façon insérée dans l’appareil photo elle a perdu toute prétention à créer une illusion de réalité, et c’est pour cela qu’on n’est pas vraiment gêné qu’elle soit floue

Reims, statue de Jeanne d’Arc, janvier 2004

La malice des responsables du Tourisme de Reims n’y est sans doute pour rien, et pourtant sur le parvis de la cathédrale, c’est bien contre le drapeau de l’Union Jack que Jeanne tire son glaive. Les touristes nombreux britanniques apprécieront…

Cette photo ne raconte pas spécialement une histoire, mais elle évoquel’Histoire ; c’est peut-être moins excitant, mais s’en souvenir encore aujourd’hui n’est pas dépourvu de signification.

lundi, décembre 26, 2005

Reims, hiver 2004


On a ici l’image d’un personnage qui se regarde lui-même dans l’écran de son ordinateur. A moins que ce ne soit le personnage qui apparaît sur l’écran qui surveille celui qui manipule la souris.

L’intérêt de cette mise en scène est justement dans ce mouvement de basculement : qui regarde qui ? Qui juge qui ? Qui contrôle qui ? L’homme ou la machine ? La réalité ou la virtualité ?

L’autre intérêt ne m’est apparu que récemment lorsque j’ai découvert la mode des photos « d’écrans transparents » : il s’agit de photographier un sujet dont une partie est derrière un ordinateur portable, sur l' écran du quel apparaît justement l’image de ce qui est derrière ; en sorte que cet écran apparaît comme transparent. Or, voilà : ici l’écran n’est pas transparent ; c’est même justement le contraire : au lieu de le dématérialiser par la transparence, on lui donne une réalité aussi dense que le réel lui-même, puisque le visage qui apparaît sur cet écran nous inspecte du regard.
Comme quoi les images n'ont jamais fini de nous parler !


Reims, 24 août 2005, au bord du canal

Dans la série « La photo est une aventure où l’essentiel est de saisir l’imprévu », voici une photo non posée d’un quidam étirant ses jambes sur un banc public.

Le jeu des lignes est évident, il s’imposait déjà avant d’être cadré dans la viseur.
La difficulté est précisément le cadrage : quelle perspective choisir pour l’alignement des troncs ? Faut-il cadrer « serré » ou plutôt faire un plan général ?

Cette image résulte du recadrage d’un plan plus large dans le quel on perdait un peu de vue la rencontre des diagonales « jambe-troncs ». Mais j’avoue ne pas avoir été entièrement satisfait par l’opération : le résultat est un peu trop souligné. Qu’en penser ?

Reims, parc Léo Lagrange, juillet 2004

Dans la chaleur de l’été ce couple prend ses aises sur la pelouse d’un Parc municipal.
S’agit-il d’une photo volée ? Certes. Mais quand on est dans un lieu public on s’y expose consciemment au regard de tous ; sauf que le soutien-gorge de la dame, qui est une pièce de lingerie et non un maillot de bain, réintroduit un élément d’intimité, ou plutôt de « vie privée ».

C’est donc plutôt une photo « décalée » : de même que les pelouses des jardins publics ne sont pas faites pour le déballage des pique-niques, de même les tenues de salle de bains ne sont pas usitées à l’extérieur, surtout en pleine ville.

Mais on est dans la chaleur de l’été et ce décalage l’exprime autant qu’il l’excuse.

Sens, station service Carrefour, mai 2004

Plus qu’une image incrustée dans une image, ce que je vois ici c’est une image volée. Comme le rétroviseur qui orne les fenêtres du Nord (ou de Hollande ?) etqui permet à l’ancêtre assise derrière sa fenêtre d’épier les mouvements de la rue, ici on a surpris l’attitude du conducteur alimentant son réservoir.

Par ailleurs on peut repérer aussi l’unité de l’image : tous les éléments (rétroviseur, plaque d’immatriculation, devanture de station service) sont liés à l’automobile.

dimanche, décembre 25, 2005

Viaduc de Millau, fin juillet 2005


Photo prise en roulant, à travers le pare-brise de la voiture.

Là on est dans le domaine de l’évidence : on a voulu construire une image rendant compte de la hauteur de l’ouvrage par des lignes ascensionnelles. En plus on en rajoute un peu dans l’aspect « constructiviste » avec les deux points de fuite. J’ai d’ailleurs hésité à recadrer l’image en coupant la partie supérieur au ras du raccord du dernier hauban sur le mat.

Ca ne met pas en œuvre l’imagination dans la mesure où ça ne raconte pas une histoire.
Par contre ça voudrait être l’intuition - immédiate – de l’espace.

Cette photo n’est sans doute pas très originale mais je n’ai pas trouvé mieux.

Audierne, juillet 2005, tôt le matin

Encore un pêcheur qui part sur son petit rafiot, pour une journée de labeur. Il faut beau, la mer est d’huile. Il quitte le port en doublant le phare au bout de la jetée. Debout dans son bateau, il fouille dans sa poche intérieur ; aurait-il oublié sa carte bleue ?

Mais on ne la laissera pas partir comme ça : l’engin de Travaux Public, le salue en dressant son bras mécanique. Il paraît immense, aussi grand que le phare, il est orange pour qu’on le voie mieux : c’est vraiment un bel au revoir.

L’image qui parle, c’est l’image qui suggère. On peut imaginer tout autre chose. Ce qui compte, c’est que l’image le permette.

Audierne, juillet 2005, tôt le matin

La matin tôt, c’est l’heure d’aller au boulot…

Le pêcheur y va c’est sûr. Et la jeune dame, elle aussi a l’air décidée à y aller, et d’un bon pas encore !

Sauf que la voilà sur une passerelle qui traverse la mer ; jusqu’où va-t-elle aller ? C’est encore loin l’Amérique ?

Là encore, priorité au mouvement, mais avec le support des lignes qui opposent la rigidité de la passerelle et les lignes ondoyantes du sillage.

Reims – Quartier Ste Anne, mai 2004, 7h du matin

Voilà ça commence avec ça.
Image qui parle, et qui parle toute seule : les inscriptions qui s’interpellent, le fond rouge qui nous interpelle, le coureur à pied, surgi inopinément, assez flou pour qu’on sache qui coure vraiment. Il regarde (surpris ?) l’objectif ; est-il concerné par l’interpellation ? Prouve-t-il en courant que des mots n’arrêtent pas l’homme décidé à passer outre ?

Ici pas de complication, pas de construction des lignes et de couleurs. Du mouvement, et des signes à associer librement.